Julien Sauvage : « On essaye de capitaliser sur la marque Cabaret Vert »
Le festival Cabaret Vert a ouvert ses portes ce jeudi après-midi sur son traditionnel site Bayard de Charleville-Mézières. Une journée rock/métal engagée qui rappelle les grandes heures d’un festival qui célèbre sa 20e édition. Un moment charnière pour l’association Flap qui entend bien grandir encore. Entretien avec le directeur Julien Sauvage…
Julien, 20 ans d’aventure avec le Cabaret Vert, qu’est-ce que ça fait ?
C’est beaucoup de fierté. Au début, beaucoup nous prenait pour des fous. Mon plus gros surnom pendant quelques années c’était « gros mytho », parce que personne dans Charleville pensait qu’on y arriverait un jour. J’avais annoncé une envergure nationale en disant « vous verrez, on fera 30.000 spectateurs un jour », et aujourd’hui on s’apprête à accueillir près de 110.000 personnes. Sur une édition de quatre jours, ce serait notre plus belle fréquentation. Et tout ça avec une grosse sérénité de l’équipe.
Et elle est primordiale cette équipe…
Oui, c’est aussi une grosse fierté de diriger cette équipe. Plusieurs nous ont rejoint ces dernières années, pour nous renforcer et nous professionnaliser. Je pense notamment à Cédric Cheminaud, le directeur adjoint. Il amène un autre regard, et un nouveau souffle. Personnellement, j’ai vraiment été épaté durant les trois semaines de montage, parce que j’ai peut-être été dérangé seulement une heure en trois semaines pour des bricoles.
Tu parlais d’aboutissement déjà l’an passé, c’est encore plus le cas aujourd’hui ?
Oui, on était pas mal. En fait, un peu avant le Covid, on sentait que ça commençait à devenir compliqué financièrement. Et on s’était dit qu’une des solutions c’était d’agrandir le festival. Bonne et fausse bonne idée à la fois. On a fait ce bond en 2024. En 2025 on a plutôt bien maîtrisé les ajustements, et là je suis vraiment épaté, parce que les équipes prennent vraiment leur place. On est un des derniers festivals indépendant et associatif, et nous la différence, c’est que le bénévolat commence dès le premier jour de montage. Par exemple, si on prend l’électricité c’est 100% des gens qui sont bénévoles. Ca n’existe pas vraiment ailleurs sur un festival de notre taille.
Ce qui nous réunit tous, c’est le territoire, plus que la musique
Tout ça dans un contexte qui n’est pas évident…
En général, on n’est pas trop dans la nostalgie, on est plutôt des développeurs, des développeurs de territoire, et on a plutôt tendance à se projeter. Et dans ce sens, le festival s’est toujours développé, toujours remis en question. Et on ne va pas se mentir, la filière des festivals est extrêmement compliquée. Il va falloir, tous, qu’on trouve des solutions entre nous, parce qu’on voit de plus en plus de festivals qui se mettent en pause ou annulés.
Pour autant, vous restez attractif avec vos bénévoles, c’est quoi le secret ?
Le secret pour nous, c’est d’avoir conservé notre ADN, d’être des gens entiers et d’avoir tous un ancrage territorial. Ce qui nous réunit, c’est le territoire plus que la musique. Aujourd’hui on refuse des centaines de bénévoles alors qu’on parle de crise du bénévolat. Donc je pense c’est un ensemble de choses, de vérité, d’authenticité. Et puis pour emmener les gens, il faut savoir où on va. Et on discute beaucoup de ça avec le conseil d’administration.

Crédit photo : Elodie SAINTE
Quelles sont les retombées du festival pour le territoire ?
Depuis que le festival existe, il y a dû y avoir cinq ou six études de retombées économiques. On travaille aujourd’hui avec un cabinet qui s’appelait GECE et qui s’appelle Test maintenant, et qui est spécialisé dans les retombées économiques événementielles plutôt culturelles, mais pas que. Quand on regarde les chiffres purs, sans analyse, c’est plus de 7 millions d’euros de retombées sur le département des Ardennes. Donc quand on voit qu’aujourd’hui, on a 500.000€ de fonds publics, quand on cumule ville, agglo, départements, région et Etat, ça veut dire qu’on crée de la richesse, donc c’est plutôt cool. Et je crois que si on compare juste à la ville de Charleville, pour 1€ investi par la municipalité sur le festival, il y a plus de 10€ de retombées. Donc on se dit qu’on a un outil culturel qui est un rendement économique, et ça aussi c’est très cool.
La réflexion, c’est de se demander comment on pourrait aller plus loin que juste avoir un impact sur 4 jours
A 20 ans, le Cabaret Vert arrive à un moment charnière, avec des projets plus ambitieux
En fait, il s’est passé deux choses. Il y a le fait de prendre nos bureaux à la Macérienne vers 2013, donc d’être vraiment là au quotidien. Ca nous a donné plein d’idées et d’imaginer plein de projets. Et puis on a profité du Covid pour pas mal réfléchir. Cédric Cheminaud est arrivé. Il a beaucoup insisté sur le fait que pendant 20 ans, on a misé sur la performance, et qu’il fallait maintenant miser sur la résilience. On revient au sens et où on veut emmener les gens. Si on a créé le festival, c’est pour avoir un impact sur le territoire, pour remettre Charleville sur une carte. La réflexion, c’est de se demander comment on pourrait aller plus loin que juste avoir un impact sur 4 jours. Alors OK, plus on grossira le festival et plus l’impact sera gros, mais peut-être que tout ne se joue pas sur le festival. Il reste la locomotive, l’image de marque pour développer d’autres projets à côté.
Comment on fait tout ça en gardant cette indépendance qui vous est si chère ?
Exactement, alors l’indépendance, ça veut tout et rien dire. La question c’est de faire en sorte que le projet reste ce pourquoi il a été monté et que les décisions puissent toujours se prendre à l’échelle locale.
Le statut, avec Flap permet ça encore aujourd’hui ou il faut trouver des investisseurs ?
Les deux. On a effectivement besoin d’argent. La situation financière n’est pas extraordinaire, mais même si elle était bonne, on aurait besoin de gens autour de nous parce qu’il y a plus de 13 millions d’euros qui vont être investis sur ce site qu’on va être amené à gérer. On a signé un bail emphytéotique avec Ardenne Métropole, mais il va falloir qu’on fasse aussi des choses par nous-mêmes, qu’on ait des capacités pour aller chercher des emprunts pour pouvoir investir et seul c’est compliqué. On a beaucoup travaillé, on a présenté un gros plan de restructuration juridique à l’AG de juin qui a été validé à l’unanimité. L’idée c’est qu’on essaye de capitaliser sur la marque Cabaret Vert pour que l’ensemble de nos projets s’appellent Cabaret Vert. Donc la Macérienne fera probablement écho à « Cabaret Vert ». On va construire un hôtel sur site, ce sera plus ou moins l’hôtel Cabaret Vert.
C’est une vraie marque…
C’est ça, on a réussi à faire valoriser la marque, on va la sortir. Quelque soit la réussite du festival, ça n’aura pas d’impact sur la marque Cabaret Vert. On pourra continuer toujours à développer pleinement et ça va permettre à des gens du territoire de nous rejoindre via l’actionnariat, de faire rentrer de l’argent, d’avoir des gens autour de la table, avec plus de compétences encore que ce qu’on a aujourd’hui et de pouvoir pousser encore les choses



