Chronique d’une mobilisation lycéenne, entre revendications concrètes et débordements
Pendant quatre jours cette semaine, Reims a été le théâtre du ras-le-bol d’une jeunesse qui a souhaité dénoncer des conditions d’étude et d’apprentissage souvent « indignes ». Une colère qui a été dépassée à mesure qu’elle a pris de l’ampleur. Entre affrontements avec les forces de l’ordre et violence en tout genre, la mobilisation lycéenne s’est transformée vendredi en un mouvement radicalisé dont les revendications sont devenus difficilement lisibles.
D’un côté, des jeunes déçus, parfois déboussolés. « On nous a volé notre mouvement » pouvait-on entendre sur le trottoir du lycée Clémenceau en milieu de matinée vendredi. Convaincus que la colère lycéenne était justifiée, un groupe de lycéens regrettait la radicalisation d’un mouvement qui leur échappait. De l’autre, plusieurs jeunes assurés du besoin de monter le ton pour se faire entendre, ou quelques autres piqués par l’adrénaline suscitée des différents affrontements dont ils sont plus témoins qu’acteurs, pour la plupart. Au milieu, des individus souvent cagoulés ou masqués, qui n’hésitaient pas à provoquer et se confronter. Un spectacle que de nombreux témoins, en plusieurs endroits de Reims, ont vu s’intensifier durant la semaine.
C’est que le mouvement lycéen, parti de plusieurs établissements parisiens et franciliens, a vite fait tâche d’huile. Si le calme régnait à Reims lundi, les premières agitations étaient recensées mardi, notamment au lycée Libergier. Parmi les revendications affichées, des classes surchargées, l’état des bâtiments, l’angoisse générée par le dispositif Parcoursup. Très vite, le mouvement prenait de l’ampleur. Jean Jaurès, Roosevelt, Clémenceau, Arago, Georges Brière, Kopa… Les blocus de lycées étaient plus nombreux mercredi matin. Les heurts aussi. Certes la plupart des rassemblements se déroulaient dans le calme. A nouveau, les pancartes dénonçaient la plateforme Parcoursup ou le manque de profs pour remplacer les enseignants absents. Mais peu à peu, les slogans évoluaient et le message a commencé à se troubler. Et les cortèges de lycéens peu organisés étaient vite infiltrés par des individus aux objectifs moins scolaires.
Des lycées en mauvais état, mais encore dégradés
Dès mercredi matin, l’ambiance dégénérait devant plusieurs établissements, entre pétards, jets de projectiles et tentatives d’intrusion. Des événements qui entraînaient l’intervention des forces de l’ordre. De quoi pousser l’Académie de Reims à réagir. Mais malgré la fermeture préventive de plusieurs lycées, l’agressivité a continué de grimper jeudi puis vendredi. Au-delà des lycées, le centre-ville de Reims est devenu le théâtre de la déambulation de manifestants mélangeants lycéens et casseurs. La recette d’un mouvement difficilement contrôlable qui a fait gonfler le dispositif policier.

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Le point d’orgue aura été connu ce vendredi. Face à la fermeture de plusieurs établissements, les manifestants ont choisi le lycée Clémenceau comme lieu d’expression de colère. A l’image des jours précédents, les jeunes ont d’abord récité leurs slogans dans le calme avant que la situation ne dégénère au milieu d’un cortège gonflé par des individus cagoulés qui sont vite allés à la confrontation avec les forces de l’ordre. Un jeu du chat et de la souris a duré toute la journée en centre-ville de Reims, de la rue de Vesle à Clémenceau en passant par l’Hôtel de Ville et la rue Libergier.
Arrêté préfectoral et grande manif le mardi 6 octobre
Verdict ? Des nombreux dégâts en ville, des établissements scolaires considérablement dégradés, notamment à Arago et Joliot-Curie, 29 interpellations rien que vendredi à Reims, quelques blessés et le trafic de transports en commun interrompu durant deux jours. Ce vendredi, la préfecture de la Marne a émis un arrêté d’interdiction des rassemblements aux abords de plusieurs établissements jusque lundi et 4 seront fermés (Arago, Libergier, Joliot-Curie et Brière à Reims).
Face au chaos, les lycéens rejoints par certains étudiants, ont tenté de reprendre la main vendredi après-midi, condamnant les violences de la semaine. Réunis en Assemblée Générale, sans responsables syndicaux ou politiques, les jeunes ont tenté de se coordonner pour poursuivre un mouvement qui doit remettre au centre le malaise vécu en cours. « Nous voulons être respectés et avoir un avenir dans ce monde qui va dans le mur » conclut un tract préparé durant l’AG. Parmi les revendications qui devraient encore fleurir dans les prochains jours : plus d’argent pour l’Education Nationale, adapter les locaux au réchauffement climatique, avoir plus de personnels, la fin des trop grandes journées, des classes surchargées. Au-delà des blocages qui devraient se poursuivre lundi, un appel à une grande manifestation a été lancé ce mardi. Dans le calme, du vœu d’une majorité…



