Manif du 17 octobre : des jeunes nombreux, beaucoup de sourires et des tensions

La journée a été longue et les messages nombreux. Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Reims ce samedi, répondant à plusieurs appels à mobilisation sur les réseaux sociaux. Dans un cortège plusieurs fois dispersé et très spontané, les jeunes ont largement grossi les rangs. Une manifestation globalement pacifique, mais émaillée de plusieurs débordements.

Au milieu d’un mouvement très spontané et désorganisé, difficile de dire combien de manifestants ont défilé dans les rues de Reims ce samedi. Selon nos décomptes, la foule devait approcher des 5000 sur l’ensemble de la journée. Point commun de la très grande majorité des personnes mobilisées, le ras-le-bol et l’inquiétude. Colère contre la vie chère, contre un pouvoir d’achat qui se dégrade, contre des moyens qui se raréfient dans l’hôpital. Plusieurs manifestants se sont aussi mobilisés pour la culture et l’éducation. Car les jeunes sont venus en nombre, dans la prolongation des blocages et rassemblements initiés par les lycéens depuis plus de deux semaines.

Crédit photo : Elodie SAINTE

Des revendications variées donc, mais une colère commune, pacifiste et remplie de pancartes aux messages éloquents. De façon spontanée, un premier regroupement s’est tenu vers 10h samedi matin en centre-ville de Reims. Plusieurs centaines de personnes ont ainsi déambulé de la place d’Erlon à la gare de Reims en passant par la place de la République. Quelques tensions ont émaillé le défilé, notamment lorsque plusieurs individus ont tenté de s’introduire dans l’Hôtel de Ville.

Une colère souvent pacifique, parfois insurrectionnelle

Car au-delà des messages autour du pouvoir d’achat ou de l’éducation, les revendications étaient plusieurs fois politiques ou accompagnées de slogans en opposition aux forces de l’ordre. De quoi générer quelques frictions. La tension retombait vite et le collectif reprenait la main au moment de converger avec un deuxième rassemblement, encadré par plusieurs organisations syndicales ou politiques. A nouveau les slogans reprenaient dans le calme. La spontanéité du mouvement créait de l’improvisation, amplifiée par la présence de quelques fauteurs de trouble qui valait à la police plusieurs dispersions au gaz lacrymogène.

Dès lors, le cortège était plusieurs fois divisé. Autour de la mairie puis place d’Erlon, notamment. Pas de quoi entamer la motivation et l’enthousiasme des manifestants qui poursuivaient leur chemin par le palais du Tau puis rue du Jard pour rejoindre le boulevard Paul Doumer. Le moment de nouvelles frictions lorsque plusieurs fauteurs de trouble réintégraient les rangs en courant et qu’un automobiliste énervé voulait forcer un passage tenu par les forces de l’ordre. Quelques instants plus tard, ils rejoignaient les plus motivés, partis bloquer la traversée urbaine. Pendant une heure et demi, la chaussée était occupée par une moitié de participants tandis que l’autre moitié demeurait spectatrice du haut du pont de Vesle.

Crédit photo : Julien LAMPIN

Et maintenant ?

C’était là le point de bascule de l’après-midi. Les slogans de revendication disparaissaient peu à peu, invisibilisés par des individus qui profitaient d’un temps-mort pour embraser un radar et une grue de chantier. Vers 18h, une ultime initiative emmenait plusieurs centaines de manifestants encore motivés vers la mairie, une fois de plus. Ils étaient attendus par la police et vite dispersés. Ne restaient alors que les plus radicaux des manifestants et des casseurs, transformant la manif en mouvement insurrectionnel. Les échanges de tirs de mortiers et de LBD transformaient la place de l’Hôtel de Ville et du Forum (désertée) en scène chaotique. A la tombée de la nuit, les casseurs prenaient le relais, s’attaquant à plusieurs vitrines de magasins.

La longue journée se concluait vers 21h avec beaucoup de colère encore vive, quelques blessés accompagnés par les street medics et des dégâts matériels importants. Une journée qui ajoute au sentiment de colère entre plusieurs mondes qui ne s’entendent plus et ne s’écoutent plus. Symbole d’un malaise profond au sein d’une société en souffrance et fatiguée de manifester son mal-être sans avoir l’impression d’être entendue. Les images de casse ne vont pas les aider. Les nombreux témoignages récoltés hors micro condamnaient ces images. Mais ils désespèrent aussi que leurs messages soient trop vite oubliés. Du dialogue et du calme, oui, des actes, surtout, réclamaient plusieurs manifestants. Avant que les divisions ne soient totalement irréconciliables.

Crédit photo : Julien LAMPIN